Rencontres

Rencontre avec un géant

Depuis sept ans maintenant, je conte. À ma manière, j’imagine; on le fait tous. Mais en même temps, il y a ces rencontres qui laissent leurs traces, nous font dévier.

Je manque de mots pour décrire ma pratique, pourtant lorsque je tente de le faire, j’ai un plaisir fou à en parler pendant des heures. En attendant qu’on ait des pastilles de goût pour décrire les types de conteurs, qu’ils soient fruités et généreux, ou aromatiques et charnus, j’avais envie de partager un carnet de ce voyage qu’est pour moi le conte. Une petite bibliothèque de rencontres qui ont changé ma manière de voir le conte. Parce qu’ils changent aussi ma manière de voir la vie, et que je souhaite à tous les mêmes “hasards”. Je réalise que dans bien des cas, la richesse de la rencontre tenait dans la différence de l’autre. Une différence si bien incarnée, si cohérente, qu’elle m’appelait à y tendre.

Ces rencontres, je vous les partage en ordre chronologique, comme elles ont croisés ma route. Je dois admettre qu’en faire l’inventaire me donne hâte aux prochaines!

Rencontre avec un géant

Bien oui, cliché, j’ose mettre Fred Pellerin dans mes inspirations. Parce que quand j’ai lancé mon propre spectacle en 2012, je ne connaissais à peu près rien au conte, sinon qu’un gars qui s’appelait Fred Pellerin faisait des spectacles de contes et que ça marchait fort. Bon… on pourrait critiquer mon étude de marché, mais heureusement, parfois le hasard s’occupe des gens négligents comme moi.

C’était le seul conteur que je connaissais et encore, je ne l’avais pas vu conter. Et d’ailleurs, je m’étais entêté à présenter mon spectacle avant de le voir, pour être sûr de ne pas le copier inconsciemment. J’assumais de conter tout croche, de faire des erreurs de base sans le savoir, au moins ce serait MES erreurs.

Puis, plus tard, je me suis autorisé à jeter un œil, même les deux, à ce qu’il faisait. J’ai corrigé quelques-unes de MES erreurs. Mais j’avoue qu’une partie d’orgueil en moi fait le guet. Comme par rapport à beaucoup d’autres conteurs que j’admire, j’ai peur de inconsciemment devenir une réplique de ce que j’aime d’eux (on ne réinventera pas les complexes d’artistes ici! J’imagine que c’est la même chose lorsqu’on chante, danse, joue, etc). Et chez Fred, c’est plus fort parce qu’évidemment, si un Québécois n’a vu qu’un seul conteur dans sa vie, il y a des bonnes chances que ce soit le Caxtonnois. Alors je me retrouve, dès que je conte, à avoir un radar qui détecte ce que je fais ‘’à sa manière’’, et dès que je m’en approche, je vire de bord. Pourquoi? Le besoin d’être différent, simplement. Si ce n’était pas de ce besoin pour ma part, je ne serais surement pas conteur, il faut se le dire.

Mais en dehors de son style, je crois que l’influence que monsieur Fred a eue sur moi est au niveau des possibles. Simplement, il a démontré l’envergure que peut avoir un spectacle de contes et une carrière dans ce milieu. Il a créé des possibles en repoussant beaucoup de limites, laissant ensuite chaque conteur s’arrêter où il a envie, et non pas arrêter parce que ce n’est plus possible d’avancer. Grâce à lui, on sait qu’un conteur peut rouler x km sur une seule tinké de gaz, ça rend chaque km beaucoup plus facile. On peut mettre notre pied dans son empreinte et se demander si c’est le genre de souliers qu’on veut/peut porter. Ça semble anodin, mais ça évite bien des ampoules!

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