Colporteur - tournée en Bretagne 2019

JOUR 26: BAULON

J’ai trop mangé! Depuis 6 jours, je n’ai pas écrit. J’en réalisais l’importance hier soir: c’est comme si je n’avais pas pris le temps de digérer alors qu’en voyage, on passe nos journées dans un « buffet à volonté » de matière à réflexion. Mais voilà, je me pause aujourd’hui pour le faire.

Il y a quelques jours, je quittais Querrien, direction je ne sais où. En chemin, on m’a recommandé le manoir Kernault où il y a une super expo sur la tradition orale. Un must pour un conteur qui trotte sur le vieux continent! Je partais au petit matin dans cette direction, et vers 15h je ressortais du manoir: l’expo avait changé. C’est anecdotique quand la chose t’a pris vingt minutes de route, mais c’est autres chose quand tu y as mis deux heures et que te voilà perdu au milieu de nulle part. Ceci dit, justement, je n’étais pas au milieu de nul part; étant donné que je veux passer au moins cinq soirs à cogner aux portes, je suis partout à destination. Ceci dit, je fais quand même un peu de route, histoire d’avoir un projet d’ici 18h00.

Un jeune me prend, il va à Angers, à trois heures d’ici, alors que Lorient, la ville que je visais, est à vingt minutes. Mon petit hamster tourne devant une si belle opportunité de descendre avec lui jusqu’à Nantes (2h d’ici), et puis pourquoi pas! On a une longue discussion sur la tristesse de perdre nos histoires. Que les contes s’effacent. Et puis j’en viens à me faire la remarque: puisque la moitié de nos contes nous apprend à être heureux avec ce que l’on a, pourquoi n’accepterions-nous pas d’en perdre et de se satisfaire de ce qui reste? Après tout, l’homme étant égal à lui-même, il va continuer d’en inventer de toute façon. C’est comme si on voulait stocker quelque chose d’infini, il faudra accepter d’y renoncer un jour. Dans nos dernières minutes de route, on réalise qu’on a tous deux été dans les scouts dans notre jeunesse et, drôle de moment: on passe le temps qu’il nous reste à chanter des chants scouts pour voir si l’autre les connaît. Drôle de meddley!

Je débarque à Nantes, il est 19h30, il fait déjà noir, et c’est une grosse ville. Merde. Pas question que je cogne aux portes dans ces conditions. Auberge Jeunesse, ma deuxième du périple.

Le lendemain, quelques perches que j’avais tendues par internet la veille me sont renvoyés, et je rencontre l’amie d’un ami. Après-midi passionnant: elle est archiviste. Doit-on archiver les contes? L’archive tente de capter l’essence d’un sujet. « Voici ce qu’a dit cette personne », je dis bien « tente » parce qu’il y a une tone d’information qui glisse en dehors du cadre. Le non-verbal fait place à l’interprétation, le contexte, l’odeur, ce qui s’était dit avant, bref, tout ce qui ne sera pas inclus dans l’archive est un choix subjectif de l’archiviste. Qu’en est-il du conte. Définitivement, le conte écrit n’est pas le conte lui-même, mais soudain je réalise que le conte raconté, n’est pas le conte lui-même non plus. Il reste la version bonifiée d’un conteur. Le conte s’y cache. Son sens ne sera pas capté par tous de la même manière. Bref, qu’on soit archiviste ou conteur, on ne fait que créer un lieu où l’on esprère que le conte arrive à se loger. Soudain, un concept commence à se fracturer pour moi: celui de ne pas laisser le conte être fixé. Être plus nuancé, ça donne l’impression de moins n’exister que lorsqu’on a des idées bien arrêtées, mais j’imagine qu’on s’y fait.

Plus tard, cette amie me dit qu’elle pratiquait le langage des signes. Belle réflexion sur la communication non-verbale. Et pour finir, elle m’a amené dans une exposition au département des archives. Contes et légendes. Bien oui, toi! Nantes, un stop payant!

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