• Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    JOUR 32: Landunvez

    Le calme. Depuis quelque jours, pas grand-chose. Pourtant beaucoup, mais sans le goût de la nouveauté.

    Avant-hier, j’ai cogné aux portes de Locmélar; la troisième adresse fut la bonne. Ensuite, la route vers Brest et une autre soirée chez de nouveaux hôtes. Je me demande si je ne vais pas me planter à Brest pour quelques jours justement; il y a un festival de contes qui débute bientôt, je pourrais y digérer tout ce périple. Ceci dit, l’idée d’être confortable dans une ville me rappelle chez moi auprès des miens. L’intensité du voyage tolère mal la routine.

    Je viens de recevoir les photos d’une prestation que j’ai eu la chance de faire dans un festival à Morlaix, pour Halloween. Elles me rappellent un choc que j’avais eu face à la réalité du conte ici: les conteurs rencontrés depuis le début du voyage me mentionnent presque tous, d’entrée de jeu, s’ils sont  »pros » ou  »amateurs ». La seule différence technique, est d’arriver à tirer l’essentiel de ses revenus grâce au conte.

    Nul besoin de vous dire que ce statut n’est garant de rien, niveau qualité. Alors pourquoi se définir, dans quelque chose de si flou que le conte, de toute façon? Ce concept n’est bon qu’à créer une rivalité malsaine, qui ne sert en rien le conte.

    D’un autre côté, je me vois lorsque je m’installe chez des inconnus, sur le point de leur raconter des histoires, leur faire comprendre que je vis réellement du conte, comme pour présumer qu’ils sont chanceux d’avoir un conteur  »pro » chez eux. En quoi la situation avait besoin d’être magnifiée ? C’est déjà incroyable que quelqu’un héberge un conteur, peu importe son calibre, pour que dans une maison ce soir on prenne encore le temps de se raconter des histoires.

    Combien les médailles peuvent nous encombrer ? Lorsqu’on les porte, lorsqu’on les recherche, et lorsqu’on juge l’autre ou soi-même à partir de celles-ci. Les laisser derrières, c’est peut-être se donner la chance d’être nous-mêmes. Ou plutôt, se donner le défi d’être soi-même. Nul modestie dans le geste, que le défi d’être présent plutôt que passé.

    Je sens que le contenu du voyage s’allège; bonne chose. À moins que je ne me réveille dans une bassine de glace avec un rein en moins, je crois que cet article sera l’un des derniers du voyage. Comme un rêve duquel on se réveille doucement. Un beau rêve au pays de la légende.

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    JOUR 29: LOCMÉLAR

    Des vacances! Depuis deux jours, je me la coule douce. Au 27ième jour de mon voyage, je quittais la maison de mon ami Sam un peu malgré moi, pour ne pas y rester pendant plusieurs jours. Ne pas laisser tomber l’adrénaline du voyage.

    Je me suis dirigé vers un musée duquel on m’avait parlé: Le musée des Chiffonniers, de Loqueffret. Une centaine de kilomètres de route, avec quelques embranchements. En prime, c’est à côté de Locmélar, où j’ai conté en début de voyage. Je me permettrai un arrêt dodo chez des gens que je connais déjà.

    Les Chiffonniers, ou « philhaouer », étaient principalement des hommes qui se déplaçaient en Bretagne pour récupérer des chiffons de maison en maison, en échange contre de la faïence, des assiettes ou des soupières. Le chiffon était ensuite revendu dans une usine de papier et servait de matière première.

    On m’a dit que ces hommes circulaient dans un territoire qui leur était propre et rapportaient des nouvelles des bourgs avoisinants en échange de l’hospitalité. Des quêteux, quoi!

    Je téléphone au musée pour savoir s’ils sont ouverts en ce beau dimanche. Pas de réponse, tant pis, j’y vais. Quelques minutes plus tard, un homme me rappelle : le musée est fermé mais il va ouvrir si je viens. Parfait monsieur, ne vous dérangez pas pour moi, mais je vous téléphonerai en arrivant dans votre village.

    J’arrive à Loqueffret vers 16 h 00, après beaucoup de marche et un peu de stop. La ville est miniature, beaucoup de bâtiments en ruine. Ish, je ne sais pas ce que ça serait de cogner au portes ici. (oui, toujours cette idée en tête…) Je prends la chance de faire la visite, qui devrait durer une heure, donc à 17 h je vais devoir me trouver un gîte ou une autre ville, ça va être chaud. En même temps, l’homme au téléphone semblait tellement sympatique, j’crois qu’il va m’héberger si je lui parle de mon projet. On verra.

    Visite faite, infos intéressantes, homme passionné, mais pas disposé à me recevoir pour la nuit. Il faut que je bouge! Je tente ma chance vers Locmélar, 25 kilomètres d’ici. Au pire, c’est cinq heures de marche, ça n’a jamais tué personne. Enfin, sûrement, mais ça ira.

    Je lève le pouce devant les premières voitures et il y en a une qui s’arrête, enfin! Honnêtement , j’avais assez marché pour aujourd’hui. Le couple me dit ne jamais prendre d’autostoppeur, mais en me voyant, ça leur a semblé naturel. Hé hé, quel charisme !

    Ils vont vers Morlais, pourraient me déposer à 10 km de Locmélar, génial. À Morlais, ils vont chercher leur fille au salon du livre. Hum, un salon du livre, c’est toujours intéressant! Attendez, je vérifie un truc!

    Dring dring

    -Oui, c’est Patrick, je voulais savoir si je pouvais arrêter dormir chez toi ce soir à Morlais?
    -Oui, biensûr Patrick, je serais très heureuse de te revoir! Je ne serai pas à la maison en soirée mais fais comme chez toi, tu sais où est la chambre d’amis.
    -À tantôt!

    J’informe mes chauffeurs que finalement je les suivrai jusqu’à Morlais. Ils sont un peu surpris par la spontanéité du voyage. Je leur explique que je vais aller chez une femme qui m’a hébergé en début de voyage et que ça me donnera l’occasion de la revoir avant mon départ.

    Au salon du livre, mon sac à dos et mon accent attirent l’attention. Dans la file d’attente pour des crêpes (oui!), je me fais 2-3 amis, dont un contact qui voudrait que je conte chez lui à Quimper. Je regrette un peu d’avoir planifié mon coucher, j’aurais eu des hôtes ici.

    Quand je quitte le salon du livre, j’hésite entre aller dans un petit bar sympathique du coin ou directement chez mon hôtesse absente. Pile ou face. Finalement je choisis la maison, je crois que j’en ai besoin, malgré mon envie de voir du monde.

    J’ouvre, je salue le chat, je me fais une tisane. Une note sur la table me dit qu’il y a mile trucs à bouffer dans le frigo, pas de gêne. Une serviette m’attend aussi, si je veux prendre ma douche. Maison. Famille.

    Sur le divan, je passe trois heures à écrire. Pour déposer un peu de mon bagage. Pour ne rien perdre. Pour tout vivre. Comprendre. Partager.

    Le chat en profite pour me signaler qu’ici, je suis un meuble sur lequel il peut dormir à sa guise. Puis mon hôtesse arrive, à qui je peux dire que je suis fatigué et que je n’ai pas tant l’énergie pour discuter jusqu’aux petites heures. L’heure du coucher est une chose sur laquelle je n’ai pas vraiment le contrôle, dans ce voyage. Celle du lever non-plus, d’ailleurs. Sauf ici. Ici, c’est mon rythme que j’écoute.

    Je me lève, complètement restauré, et reprend la route après de si brefs adieux pour une si belle rencontre. Mes premiers adieux, les jours sont comptés, plus de « je repasserai peut-être plus tard dans le voyage ».

    Direction Locmélar en matinée. La chauffeuse qui m’y dépose m’avoue être dans un moment difficile, son père est malade. Je lui offre un conte en bordure de route. Elle me demande une histoire qui mettra du soleil dans sa journée. J’en n’ai qu’un en tête mais j’hésite, il parle de la mort et de la maladie, mais aussi du sens de nos vies. Je n’ai pas envie de lui changer les idées, de la faire rire, mais de l’aider à vivre cette épreuve. Je me lance. Le conte nous touche droit au cœur tous les deux. Elle, de la justesse des mots; moi, de la confiance qu’elle m’accorde en me laissant lui raconter une telle histoire dans de pareilles circonstances. Bon courage.

    À Locmélar, je retrouve mes amis, une petite fête de village où j’ai l’occasion de raconter quelques unes de mes péripéties, avec des gens qui soudain voyagent un peu avec moi dans cette aventure. Je leur raconte la scène des toilettes de ma nuit à Hennebont, on rit ensemble et on se questionne pendant presque une heure. Peut-être raconte-t-on nos histoires pour ne plus être seul à les vivre…

    On fait une randonnée en forêt, ça fait drôle de marcher sans voitures, sans destination (autre que la bière d’arrivée) etsans sac à dos. Soirée jeu de société, bonnes blagues, bonne compagnie.

    Je planifie mes jours restants avant mon vol du retour, le 28 novembre. Seize jours seulement. J’aimerais faire trois jours en Grande-Bretagne, deux jours sur l’Île de Jersey sur les traces de Charles Robin, un homme qui a maintenu les pêcheurs gaspésiens en esclavage durant de noommmbreuses années. Bref, il me reste une dizaine de jours de colportage d’histoires, que j’irai passer sur la côte ouest de la Bretagne où il y a un festival de contes qui commence dans quelques jours. Moi qui voulais cogner au moins cinq soirs aux portes, ça va être serré. Je n’ai plus vraiment envie mais je suis venu ici pour ça, déjà que j’ai réduit mon objectif qui était originalement du double.

    Pour rester dans le bain, ce soir j’irai cogner aux portes dans Locmélar. Je tomberai peut-être sur quelqu’un qui était venu voir mon spectacle au petit bistrot du coin. Ça devrait bien décoincer quelques serrures!

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    Jour 28: Ploeuc sur Lié

    En partant de Branderion, ma route me mène à Hennebont. Pas tellement plus loin. Gros avantage, ils ont une crêperie, juste en face d’une épicerie. Après la soirée d’hier, je mérite des galettes. Beaucoup de galettes. Avec un cidre, tiens. Et pourquoi pas, une crêpe pour dessert. C’est pour me fondre dans le décor, ce n’est pas de la gourmandise.

    En sortant, je vois que l’épicerie vient de fermer, zut. Les commerces ont souvent de drôles d’heures d’ouvertures pour le nord-américain que je suis. Peu importe, je trouverai bien du pain quelque part; j’aime avoir mon mini garde-manger avec moi, ça rend mes journées de déplacement plus faciles, et ça me permet de ne pas arriver les mains vides chez mon hôte.

    En marchant, je tombe sur la médiathèque de Hennebont, tiens, j’vais essayer quelque chose.

    -Bonjour, je suis un conteur, est-il possible de conter gratuitement dans votre bibliothèque ce pm?
    -Hum… c’est compliqué.
    -Mais non, on prend 3-4 chaises-là dans un coin, je m’y pose dans 10 minutes, je conte pendant 20 minutes, et on refait la même chose 10 minutes plus tard. S’il y a une personne, il y a une personne… s’il n’y a personne, c’est pas plus grave, j’ai un bon livre pour tuer le temps !
    -Bon, ok!

    J’ai une petite idée derrière la tête en faisant ça. Mais je ne perdrai pas trop de temps ici, il faut que je reprenne la route pour trouver une ville où cogner, et Hennebont est trop gros.

    Dix minutes plus tard, il n’y a personne. Tant pis. Puis quelques minutes plus tard, il y a 20 personnes pour entendre mon conte. 75% sont des enfants. Trente minutes d’histoires plus tard, je termine en les remerciant et en disant:

    -Et si jamais quelqu’un a une petite place chez lui ce soir pour accueillir un voyageur, ça me permettra de continuer à donner mes contes à d’autres!

    Je sais, je sais. Mais hier j’ai pris assez cher. Je me la joue Club Med aujourd’hui.

    Tout le monde s’éloigne, prétextant de l’intérêt pour ce livre ou pour celui-ci. Puis… ils viennent. Une mère et sa fille. Sourires timides, elles ont une invitation pour le conteur voyageur.

    J’ai leur adresse, à laquelle je me rends après avoir fait des courses. Les enfants vont chercher un petit voisin, je conte devant la petite assistance bouche bée.

    Je vois du coin de l’œil le regard de la mère passer de mon histoire aux visages des enfants. Le pouvoir des contes dits!

    Le soir, c’est moi qui conte une histoire aux jeunes pour les border. Puis bonne nuit tout le monde.

    3h du matin, je me réveille avec une de ces envies de pipi. Petit problème: je suis au rez-de-chaussé, et les toilettes sont à l’étage, avec les chambres à coucher. Pas le choix. Je monte, éclairé par mon portable. Catastrophe: toutes les portes sont fermées et j’ignore laquelle est la porte des toilettes. Je sais seulement que l’une des deux a ma gauche est celle de l’un des enfants où j’ai conté en fin de soirée. J’te jure que quand tu dors chez des inconnus, t’as pas envie qu’ils se réveillent au milieu de la nuit alors que tu ouvres leur porte doucement! 5 portes. 2 chambres d’enfants, une chambre principale. Bon… Je pousse doucement une première porte, qui craque craque craque… c’est fait exprès? Mais par l’ouverture, je ne vois que le mur de la pièce…. je pousse et pousse, en me demandant s’ils vont me croire quand j’vais leur dire que je cherchais les toilettes. J’aperçois finalement un bout de bureau d’ordinateur. Je referme! J’ai un fou rire quand je réalise que je suis en sueur. Mission impossible. J’ose une deuxième porte, c’est pas comme si j’avais le choix. J’vois un lavabo. Merci la vie, les toilettes!

    Au matin, la famille me donne les infos sur la forêt se Brosselliande, un lieu mythique où se déroulent les légendes arthuriennes. Merlin and folks auraient rôdés par là. Je bouffe vite fait la centaine de kilomètres, et réalise que je suis hors saison…et hors week-end. Des randonnées pédestres et des livres à vendre, avec des chandails de loups bien entendu. Zut.

    Je vais dans une boutique d’herboriste juste à côté du centre touristique pour demander s’ils ont le contact de conteurs. Entre marginaux, on sait jamais! Paf! Je me retrouve avec le numéro de 10 conteurs. Je les appelle tous. Je me book trois jours de rendez-vous avec cinq d’entre eux.

    Une mine d’or. 5 façons de voir le conte, d’en vivre, d’en douter. Le tout déposé dans un territoire qui s’est transformé en une véritable industrie de la légende. Des randonnées contés en série, des repas contés à tous les coins de rue, des souvenirs pour les fins et les fous. Think big, ‘sti.

    Funny fact: les gens viennent de loin… et ont des attentes, dont celle d’entendre parler ses Korigans, petits êtres de la forêt. Seul problème… c’est que c’est un folklore qui appartient davantage au Finistère, une heure à l’ouest. (Bien qu’il y ait une ou deux légendes locales des Korigans) Mais, le client a toujours raison! Résultat: alors que cette culture était déjà hyper riche de l’univers unique de Merlin et cie, ils ont ajouté des images de Korigans au travers.

    Ceci dit, c’est quand même beau de voir l’imaginaire s’emparer à ce point d’un territoire et d’une population.

    Je reprends la route le troisième jour, réalisant que je ne suis qu’à une heure de chez Samuel Allo. Je suis serré dans le temps avant la nuit, mais je tente ma chance. Au pire, je cognerai aux portes!

    Quelques voitures, beaucoup de marche, puis un jeune m’embarque. Il m’offre de faire un détour de 1h pour aller me porter, parce qu’il trouve mon voyage capoté. Son char est scrap, son linge serait rejeté par n’importe quelle friperie, mais il dépense 1h de gaz pour aller porter un inconnu. Le pire, c’est que ça ne me gêne même pas d’accepter: ce soir quand il se couchera, il sera riche du cadeau qu’il me fait, je ne vais pas lui enlever le peu qu’il a en lui disant qu’il ne devrait pas me l’offrir. Ce soir, lorsqu’il regardera son plafond de chambre pourri avant de s’endormir, il sourira, parce qu’il se sentira digne. Et croyez-moi, il le sera.

    Je retrouve Sam à la tombé de la nuit. Bonne bouffe entre amis, lieu où je peux évoluer sans demander de permission, sans demander où sont les toilettes. Chez soi. Au matin, je m’empresse de repartir. Je sens la fatigue du voyage. Comme la mousse qui voudrait s’emparer de ce qui est tombé dans la forêt. Surtout: rester en mouvement, la fin du voyage approche. Le ryhtme qur je m’impose est trop intense pour moi, mais il y a cette date de vol de retour qui approche. Il faut tout voir, tout rencontrer, parce que chaque chose a une fin.

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    Jour 23: Branderion

    Mon second soir à Nantes, je l’ai passé chez l’amie d’une amie. C’est quand même drôle d’être à plus de quatre miles kilomètres de chez moi et avoir des contacts qui me soutiennent jusqu’ici. Cette réalité me fait penser de plus en plus à faire mes tournées du Québec sans rien plannifier ; faire un appel à tous à chaque jour, et profiter de ce que le voyage m’apportera.

    Mais voilà, tout ça pour me défiler de ce que j’étais venu faire ici : cogner. Après avoir passé une soirée merveilleuse encore, à discuter contes autour d’une table, et une nuit bien méritée, je quitte Nantes plein d’énergie : ce soir, je cogne !

    Après quelques courtes distances avec 2-3 chauffeurs différents, je me fais embarquer par un chauffeur qui se rend jusqu’à Brest, à moi de choisir où je veux descendre dans le prochain cinq heures, à condition de bien vouloir arrêter avec lui un instant dans une marina, il a un copain qui termine de préparer un voilier pour une transatlantique. Lui aussi d’ailleurs, est féru de voile. Ça me fait drôle de plonger dans cet univers que j’ai connu pendant plusieurs mois lors d’autres voyages.

    Son ami nous reçoit à dîner (merci !) et après un arrêt de trois heures et deux histoires (j’allais quand même pas partir sans payer !), on reprend la route. Mon chauffeur me dépose à Branderion, une ville qui me semble propice aux toc toc! C’est-à-dire, pas trop une grosse ville, il y a quand même une boulangerie au centre-ville, et quelques petites rues. Ça devrait le faire !

    Je marche une petite demi-heure pour m’y rendre, comme je commence à être habitué. Pour faire du stop, il faut accepter de marcher : pour se rendre à la sortie de la ville lorsqu’on veut en sortir, et pour entrer dedans, lorsqu’on n’est pas loin, parce que les gens ne nous prennent que rarement s’ils ont une mini distance à faire, même si c’est exactement de cette distance dont tu as besoin.

    Arrivé à Branderion, je m’installe à la boulangerie et je me pose jusqu’à 16 h 30, avant de commencer ma prospection de maison. Mon feeling est bon. Ce sont des maisons individuelles, sans clôture en devanture.

    Je marche un peu, pour attendre que les voitures commencent à arriver dans les stationnements ; tout le monde est encore au travail. J’essaie de me la jouer relaxe, mais au fond de moi, il y a mile inquiétudes qui commencent à parler. La lumière du soleil est très basse, je n’aurai pas longtemps de la clarté pour cogner ; je suis peut-être trop près de Lorient, les gens doivent tous y travailler alors ils vont arriver tard. Mais j’ai appris un nouveau mantra, un truc fou, probablement d’origine sacré ou je ne sais quoi : « On verra. »

    Puis ça y est, je lance la cavalerie. J’avais localisé une belle maison, avec un vélo devant, et un westfalia, c’est dans la poche !

    -Toc toc toc!
    -Non.

    Bon… la deuxième sera la bonne. Et au pire, je me rendrai à vingt comme l’autre fois! Ça ne m’atteint plus. J’ai confiance. J’y ai déjà goûté, je sais que ça fonctionne. Il faut juste trouver la bonne porte.

    -Toc toc Toc!
    -Non

    Next!

    -Toc toc toc!
    -Non.

    Pas de trouble. Je cherche mal, c’est tout. Ils sont où, ceux qui vont sauter de joie lorsqu’ils vont entendre mon offre ? Plus loin. Allé.

    Puis le soleil baisse. J’applique une bonne couche de déni et je poursuis mon beau voyage.

    -Toc toc toc!
    -Non. Pas ce soir.
    -Mais je suis là maintenant!
    -Désolé

    Puis le soleil s’éteint. Merde. Remerde. Il fait noir. Je suis un grand gars, qui cogne à des portes à la nuit tombée pour être reçu à coucher. Ça ne le fera pas. Mais heureusement pour mon projet : je n’ai plus le choix. Il n’y a pas d’hôtel dans cette belle petite ville, j’avais tout prévu.

    Puis il y a cette famille, qui tout sourire, hésite. Je ne sais pas trop quoi dire pour les convaincre. La porte est presque ouverte ! La scène dure environ 4 minutes. Mais je ne trouve pas les mots qui les font accepter. Il faudra que je les demande à Sam, il doit les connaître, parce que lui il fait ça pendant des mois, sans coucher dehors. Que peut-on dire pour détruire toute la peur de laquelle on s’est entouré, à coup d’assurances, de serrures, de patrouilles de police, de téléjournal sanglant. Quel faux pas, de bâtir notre sentiment de sécurité à partir de méfiance plutôt que de confiance. Je n’ai pas ces mots.

    Quelque chose se brise en moi. Soudain, je suis au milieu de nulle part. Seul. Pour toujours. C’est con, j’avais accepté de ne plus croire en l’humanité ; de choisir mes combats. Puis voilà qu’une petite victoire l’autre soir, avait versé une goutte d’espoir sur ce qui fait si mal à briser.

    Pas le choix. Je continue. Au pire, je dormirai dans le boisé. En d’autres circonstances, j’aurai été fier de tenter cette aventure. Ce soir, c’est un plan B. Il n’y aura pas mort d’homme.

    Allé, cogne, tant qu’à être là. Cogne pendant encore 2h, pour les faire chier. Pour leur mettre leur peur au visage. Pour te dégoûter pour de bon. Pour en finir avec l’Autre.

    Puis il m’ouvre. Et il verse une goutte d’espoir sur ce qui fait si mal à briser. Il m’installe dans une salle paroissiale. On parlera demain matin autour d’un café. Je me couche ce soir-là avec un gros poster où l’on peut lire « Je crois en toi ». Sur environ 30 personnes ce soir-là la seule qui m’a ouvert l’a fait par amour pour quelque chose de plus grand que moi. Merde. Sortez vos symboles religieux que j’aille cogner à vos portes à l’avenir.

    Je m’endors sur un soir de peine d’amour. Plein de questions. Une seule réponse : « On verra »

    Au petit matin, je vais rejoindre mon hôte et son épouse. Le café m’attendait, les œufs aussi. Puis je suis simplement un membre de la famille qui passe sa matinée à discuter de tout et de rien. Avant de partir, je leur raconte une histoire. L’une des belles que j’ai apprise en chemin. Une histoire qui parle de prendre soin de la beauté du monde. Puis en contant, une chose me brûle la poitrine : de l’amour pour eux. D’avoir été cette bouée, au meilleur de leurs moyens.

    Puis la route.

    Aujourd’hui, j’en ai besoin. Je ne lève même pas le pouce, je marche.

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    JOUR 26: BAULON

    J’ai trop mangé! Depuis 6 jours, je n’ai pas écrit. J’en réalisais l’importance hier soir: c’est comme si je n’avais pas pris le temps de digérer alors qu’en voyage, on passe nos journées dans un « buffet à volonté » de matière à réflexion. Mais voilà, je me pause aujourd’hui pour le faire.

    Il y a quelques jours, je quittais Querrien, direction je ne sais où. En chemin, on m’a recommandé le manoir Kernault où il y a une super expo sur la tradition orale. Un must pour un conteur qui trotte sur le vieux continent! Je partais au petit matin dans cette direction, et vers 15h je ressortais du manoir: l’expo avait changé. C’est anecdotique quand la chose t’a pris vingt minutes de route, mais c’est autres chose quand tu y as mis deux heures et que te voilà perdu au milieu de nulle part. Ceci dit, justement, je n’étais pas au milieu de nul part; étant donné que je veux passer au moins cinq soirs à cogner aux portes, je suis partout à destination. Ceci dit, je fais quand même un peu de route, histoire d’avoir un projet d’ici 18h00.

    Un jeune me prend, il va à Angers, à trois heures d’ici, alors que Lorient, la ville que je visais, est à vingt minutes. Mon petit hamster tourne devant une si belle opportunité de descendre avec lui jusqu’à Nantes (2h d’ici), et puis pourquoi pas! On a une longue discussion sur la tristesse de perdre nos histoires. Que les contes s’effacent. Et puis j’en viens à me faire la remarque: puisque la moitié de nos contes nous apprend à être heureux avec ce que l’on a, pourquoi n’accepterions-nous pas d’en perdre et de se satisfaire de ce qui reste? Après tout, l’homme étant égal à lui-même, il va continuer d’en inventer de toute façon. C’est comme si on voulait stocker quelque chose d’infini, il faudra accepter d’y renoncer un jour. Dans nos dernières minutes de route, on réalise qu’on a tous deux été dans les scouts dans notre jeunesse et, drôle de moment: on passe le temps qu’il nous reste à chanter des chants scouts pour voir si l’autre les connaît. Drôle de meddley!

    Je débarque à Nantes, il est 19h30, il fait déjà noir, et c’est une grosse ville. Merde. Pas question que je cogne aux portes dans ces conditions. Auberge Jeunesse, ma deuxième du périple.

    Le lendemain, quelques perches que j’avais tendues par internet la veille me sont renvoyés, et je rencontre l’amie d’un ami. Après-midi passionnant: elle est archiviste. Doit-on archiver les contes? L’archive tente de capter l’essence d’un sujet. « Voici ce qu’a dit cette personne », je dis bien « tente » parce qu’il y a une tone d’information qui glisse en dehors du cadre. Le non-verbal fait place à l’interprétation, le contexte, l’odeur, ce qui s’était dit avant, bref, tout ce qui ne sera pas inclus dans l’archive est un choix subjectif de l’archiviste. Qu’en est-il du conte. Définitivement, le conte écrit n’est pas le conte lui-même, mais soudain je réalise que le conte raconté, n’est pas le conte lui-même non plus. Il reste la version bonifiée d’un conteur. Le conte s’y cache. Son sens ne sera pas capté par tous de la même manière. Bref, qu’on soit archiviste ou conteur, on ne fait que créer un lieu où l’on esprère que le conte arrive à se loger. Soudain, un concept commence à se fracturer pour moi: celui de ne pas laisser le conte être fixé. Être plus nuancé, ça donne l’impression de moins n’exister que lorsqu’on a des idées bien arrêtées, mais j’imagine qu’on s’y fait.

    Plus tard, cette amie me dit qu’elle pratiquait le langage des signes. Belle réflexion sur la communication non-verbale. Et pour finir, elle m’a amené dans une exposition au département des archives. Contes et légendes. Bien oui, toi! Nantes, un stop payant!

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    Jour 20: Guerrien

    Vingt jours déjà [insérez une réflexion par rapport au temps, à sa vitesse et sa lenteur relatives…]

    Je ne sais plus trop ce que je fais ici. Pas que je m’ennuie ou que ça perde son sens, mais je dévie. J’étais venu ici pour apprendre à cogner aux portes et entendre de nouvelles histoires et voilà que je me surprends à être à la recherche d’autre chose: le vrai conte. Je ne sais même pas ce que cela veut dire.

    Je cherche ce moment où le conte devient un lieu d’échanges, la parole passant d’un participant à un autre. Comme si le « spectacle de conte » comme on le voit aujourd’hui était fait d’un producteur (le conteur) et de consommateurs (les spectateurs). Je cherche soudainement autre chose. Je cherche des moments où suite à l’une de mes histoires, une autre personne rebondit et nous en raconte une à son tour. J’y ai goûté quelques fois: en stop, certains se sont mis à raconter des blagues et de petits contes, des légendes urbaines. On y était. Lors d’une soirée, quelqu’un « osait » raconter une histoire de son enfance. Mais misère, les obstacles sont nombreux.

    D’un côté, on n’a pas l’habitude de faire des « jams » d’histoires. Un pot lock, où chacun amène du sien, aussi modeste soit-il. Souvent, quand les gens reçoivent une histoire, ils la laissent les traverser, ne pensant même pas qu’eux aussi pourraient la raconter ensuite. Le spectateur n’a pas le réflexe de collecte. Ensuite, il y a la notion d’élitisme. Moi, en affirmant être conteur et en prenant mes aises dans une histoire d’une heure, je fais de la scène une chose moins accessible. Qui veut aller occuper cette chaise brûlante à ma suite? Le souci de performer.

    Je ne sais pas ce qui m’attire là-dedans.

    J’imagine que j’y sens un fondement du conte, de la tradition orale. Ça me fait constater à quel point je me fais des « à croire ». Je pense faire un spectacle près de la tradition, mais ce n’est qu’une saveur artificielle, un hommage qui tient sa beauté de la nostalgie.

    Moi qui venais pour trouver de nouvelles histoires à conter, je réalise que j’aurais un peu de mal à faire un spectacle avec ces nouvelles trames. Comme si c’était un matériau noble que je ne voulais pas traduire, que je ne voulais pas trahir. Cette collecte a été le fruit du murmure. Ce serait grotesque d’en crier la récolte.

    Le spectacle de conte ou le cercle de conte. Deux univers, qui s’entrecroisent, qui utilisent la même matière, avec les mêmes moyens, mais dans des dynamiques tellement différentes. « Ces gens vont nous raconter des histoires » ou « Nous allons nous raconter des histoires ».

    Et puis, j’y fais mes armes. En 20 jours, je vois des nouveaux réflexes apparaître. Raconter de plus brèves histoires, mettre moins de fioritures dans mes histoires, pour que reste ouverte la porte du « moi aussi je vais t’en raconter une ». Laisser plus de temps entre chaque histoire, revenir à ce que l’on disait, pour que le conte n’ait été qu’un ingrédient de discussion et, va savoir, peut-être quelqu’un autour de la table en a-t-il aussi un dans son sac. Depuis 8 ans, j’ai appris à crier mes histoires, maintenant, je découvre ce que c’est que de les chuchoter.

    La scène du conte se porte bien, au Québec. Grâce à tous ses artisans. Mais la culture du conte, ne tient pas uniquement sur ce pillier. Je crois que chez nous, comme ici en Bretagne finalement, malgré ce qu’on en dit, trop souvent si un conteur terminait son histoire par « à vous », un silence de mort régnerait. Les conteurs sont alors le souvenir de ce qui a déjà été; peuvent-ils en être la promesse?

    La question du « quoi » se précise, je marcherai maintenant avec la question du « comment ».

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    Jour 15: Ploeuc-sur-Lié

    Ne pas s’arrêter trop longtemps. Je me connais, je suis un flâneur avéré. J’adore traîner, boire un café, lire, manger. Bref, je n’ai pas tendance à me diriger naturellement vers l’aventure. Après avoir passé 6 jours chez mon ami conteur Samuel Allo, je vois bien que je dois me botter les fesses pour quitter le confort de ce foyer où je commence à avoir mes aises. C’est un effort pour moi, mais je sais que si j’y reste, d’ici 2-3 jours j’aurai l’impression de m’enliser. Faire du surplace. Passer à côté de tout. Alors ce serait une urgence de quitter ce confort. Je me connais, je suis un flâneur avéré, mais j’ai besoin de flâner dans la nouveauté!

    Sam me dépose dans un village plus achalandé, meilleur pour faire du stop. Sur le coin de la bretelle où je devrai me poser, il y a déjà un auto-stoppeur. Sam me dépose à 2 minutes de là, dans un centre d’achats, pour éviter de faire la fausse joie à l’autre de voir un véhicule s’arrêter, en plus de lui déposer de la concurrence. Quelle éthique!

    J’attends une vingtaine de minutes puis je me dirige vers le lieu dit. C’est libre. 30 minutes de musique dans mes oreilles plus tard, on me prend. Un couple sympathique qui s’arrête un peu plus loin pour prendre un deuxième auto-stoppeur. Vraiment, la culture du stop ici, c’est quelque chose! Le nouveau, un homme dans la cinquantaine, connaît mile personnes célèbre, a traversé l’atlantique à la voile, a le don d’être un magnétiseur, a 3 voitures et 2 motos chez lui, et deux dents dans la bouche, et m’offre de l’alcool maison. Un phénomène divertissant.

    Je me dirige vers Morlaix, où j’ai été la semaine dernière. Dans trois jours j’ai une soirée chez un ami conteur qui vit non-loin de là, et en attendant, il y a à Morlaix un festival de contes. Mes premiers chauffeurs me déposent à mi-chemin, puis un deuxième chauffeur, de la Côte d’Ivoire celui-ci, m’embarque. Mi-vingtaine, il écoute du gros rap de chez lui. Ça fait du bien de juste rouler en écoutant de la musique, mais je tente quand même la rencontre.

    -J’suis conteur, je raconte chez des gens en échange du gîte.

    -Ah.

    -Tu veux entendre une histoire?

    -OK

    Alors je lui raconte un petit conte de 2-3 minutes, en espérant que celui-ci ouvre la discussion. Je termine en lui disant que j’avais appris cette semaine qu’au Burkina Faso, la tradition veut que lorsqu’on reçoit un conteur, on doit lui offrir trois choses: Le gîte, le repas et une histoire. La troisième chose étant pour non seulement permettre au conteur de poursuivre, mais pour l’alimenter. Brillant.

    Silence de quelques secondes, et il commence:

    -J’vais t’en raconter une, moi.

    Et il se lance dans une saga incroyable, ça dure un bon 10 minutes, avec que des rebondissements. Toute mon attention est requise, à cause de son accent et de son débit rapide. Il fini par me dire ce que son nom de famille veut dire, ça vient avec un récit. Il me dit aussi ce que veut dire son prénom: Celui qui ouvre des portes. Et qu’il trouve dommage que les prénoms aujourd’hui ne racontent rien. 

    Boom! Tu voulais une histoire en échange de la tienne, voyageur? Te voilà servi!

    Il me dépose à Morlaix. Je téléphone la femme qui m’avait hébergé la semaine dernière: pas de réponse. J’ai alors un autre contact que j’avais fait ici, qui m’écrit à un autre sujet. Je lui répond et lui dit que, en passant, je suis en ville pour quelques jours et que je cherche de l’hébergement contre mes histoires. Y’a qu’en apprenant à demander que je vais recevoir!

    Il passe le mot. Je vais quand même voir à l’auberge jeunesse s’ils ont des places: oui, mais on ferme le bureau dans 1h. C’est seulement 20 Euros. Parfait, j’attendrai jusqu’à la dernière minute, dans un café en face, des fois que… c’est pas tant pour sauver l’argent que pour honorer la raison de mon voyage: comment faire des rencontres si je m’isole?

    Trois minutes avant de me rediriger vers l’auberge, le téléphone sonne: Gilles  reçu le message de son ami, disant que je cherche une place. Je suis le bienvenu chez lui. J’arrive, on jase de nos vie, puis le souper est servi, ses deux fils de 15 et 17 ans descendent et se joignent à nous. Je leur raconte un peu ce que je fais, on mange et je leur demande s’ils veulent entendre une histoire?

    À partir de là, tout a déboulé. Trois heures plus tard, on est toujours à table, fatigués on se dit qu’on va devoir arrêter de parler pour aller se coucher. On est passé d’une histoire à une autre, ils avaient des questions sur la manière de faire (Gilles tourne des courts métrages, alors certaines techniques convergent), puis entre chaque conte, des discussions philosophiques. Tout le monde avait son mot à dire sur chaque idée, personne n’avait autorité sur personne. C’était incroyable. Oui, les jeunes avaient parfois leur portable dans les mains, mais ils restaient attentifs, discrets, et revenaient dans la discussions le moment d’après; besoin de respirer, de rester connecté. Il y avait longtemps que cette famille n’avait pas pris le temps d’être ensemble, dans un présent si intense. Maintenant, lorsque j’offrirai une histoire, après souper, je saurai ce que le geste ouvre comme possible. Le conteur québécois François Lavallé a dit un jour en entrevue: Le conteur, c’est celui qui crée l’assemblé. La chose prend soudain un sens nouveau pour moi. Plus vrai que jamais.

    Le conte, pour créer l’assemblée, sans ensuite contraindre l’assemblée à attendre d’autres histoires. Le conte comme point de départ, comme raison de parler de la vie. Comme outil de discussion, une munition parmi tant d’autre. Comme un voyage, et non une destination.


    Au matin, une note de Gilles m’invite à me servir dans le frigo. Les ados dorment encore, relâche. Je m’apprête à partir quand je réalise que la porte est vérouillée. Je suis prisonnier. ahahaha. Deux heures de lecture plus tard, l’un des garçons se lève enfin et me libère. Les dangers du voyage. « Monsieur le voyageur, avez-vous eu peur pour votre vie parfois, en allant chez les inconnus? Oui, une fois, on m’a séquestré, coincé pendant deux longues heures avec un bon livre et une machine à expresso! »  

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    Jour 12: Ploeuc-sur-Lié

    C’est fait, j’ai cogné à quelques portes en disant : Bonjour, je m’appelle Patrick, j’suis conteur. J’offre des contes en échange d’un lieu pour la nuit.

    Je suis parti de chez Samuel qui me reçois à Ploeuc-sur-Lié vers 15h00. Il m’a raccompagné jusqu’au chemin, comme si je partais pour un long voyage, alors que je revenais dans moins de 24h. Il n’avait pas tort.

    J’avais 30 minutes à marcher avant de lever le pouce ; petit chemin de campagne. J’étais fébrile, déterminé. Je trouvais un peu ridicule mon appréhension d’un geste simple : cogner à une porte, demander de l’aide en échange d’autre chose. Il ne devrait pas y avoir quoi que ce soit de gênant là-dedans. On peut même voir la chose économiquement, pour rire : 2-3 personnes vont voir un spectacle pour lequel d’autres ont déjà payé 15$ lors d’un festival, et en échange, ils m’offrent une chambre qui se paie environ 40$ sur Airbnb. D’un autre point de vue : j’offre ce que j’ai de plus précieux, en échange d’une retaille de ce que vous avez (un divan suffira, voir un bout de plancher). Ou d’un autre point de vue encore : un inconnu se permet d’aller à votre porte, pour vous demander de l’accueillir. La peur de déranger. Voilà.

    Une fois ma marche terminée, je lève le pouce et c’est drôle mais le malaise que j’ai parfois à faire du stop est complètement dissipé par le fait que je m’en vais vivre quelque chose de beaucoup plus intense dans un moment. 30 minutes d’attente, sur un spot pas trop propice à immobiliser une voiture et hop!, une chauffeuse s’arrête pour moi.
    Justine : Salut, tu vas où ?
    Moi : hum… par là je crois, vers St-Brieu.(Où va-t-on quand ce qu’on cherche est partout?)
    Justine : Monte.

    Une fois rendu à St-Brieu elle me demande où je veux être déposé. Je lui dis que je crois que l’idéal pour mon projet, serait un lieu où les maisons sont espacées. Je ne sais pas pourquoi… Je m’imagine que c’est plus facile en campagne qu’en ville, mais ça ne se base sur rien…

    Je descends, elle me conseille une boulangerie où égrainer un peu de temps avant de me lancer. Il est 16h00, je veux commencer vers 18h00. Leur donner le temps de revenir du travail, d’ouvrir une bière, d’être chaleureux ! Premier gros constat : moi qui normalement se met à chercher un plan d’hébergement vers les 15h, là je profite. Du café, du Kouign amann, de mon livre. Parce que j’ai un chez-moi ce soir, je dois seulement trouver derrière quelle porte il se cache. Cette famille ne le sait pas encore, mais elle m’attend. Sam m’en a convaincu. Un hébergement aussi flexible fait que je suis à destination, partout. C’est un peu grisant, comme sensation de liberté. Pas d’urgence. Tout va bien. Je pense…

    Puis, 18h00 arrive. J’aurais été si confortable, chez-moi, les pieds au raz du poêle, à lire un livre… Je passe de touriste peinard, à Quêteux. Je marche dans la direction opposée au centre-ville. Puis tout de suite, je vois un bâtiment qui me parle. Sam m’avait dit: va vers les maisons qui t’inspirent, il faut que la première soit la bonne. J’arrive près d’elle : il y a une clôture d’environ 1 mètre de haut, pour séparer le trottoir du terrain. Je n’ose pas ouvrir la petite porte. Ça me semble intrusif. Et… s’ils ont mis une clôture, c’est que les inconnus ne sont pas les bienvenus, non? Sinon, il fallait y penser avant de mettre une maudite clôture chez-vous!

    On passe à la suivante. Un appartement un peu modeste, ça me semble bien. L’idée populaire que ceux qui en ont le moins savent facilement le partager. Je réalise que je juge tout ce qui m’entoure. Mon jugement… c’est tout ce que j’ai. Peut-être un peu d’intuition. Je le saurai tôt ou tard.

    Toc toc toc.
    J’suis calme. Pas trop barbu, vêtements aux couleurs vives, je sais à peu près ce que je veux dire. C’est dans la poche. J’ai plus vraiment peur. Mes sens sont en éveil. Un cliché, mais un cliché juste!
    Pas de réponse. Merde. Ils ont manqué notre rendez-vous.

    Sois, je me couche sur le pas de la porte et on a une drôle de rencontre lorsqu’ils arrivent plus tard, sois je poursuis. Je choisis l’option 2, mais l’option 1 me fait rire, c’est bon d’avoir le moral, parole d’auto-stoppeur.

    Deuxième porte, en face. Pratique. Pas de clôture.

    Toc toc toc. Ouverture. Apparition d’un humain. Patrick, contes, hospitalité, voyage, gratuit.

    -Non merci, j’ai pas le temps.
    -Ok pas de problème, merci et bonne soirée.
    -Tu devrais aller en campagne, tu ne trouveras pas de gens pour t’accueillir en ville.
    C’est la générosité qui fait qu’un humain réssent le besoin d’en décourager un autre, lorsque celui-ci lui semble naïf?
    -Possible madame, mais là j’suis en ville, et j’vais trouver.

    -J’crois pas. Bonne chance,
    -Voulez-vous une histoire, ici? J’crois que ça vous fera du bien. Une belle histoire, gratuitement, je ne vous demande même pas d’entrer, j’ai juste envie de vous en faire le cadeau (en moi-même : parce que vous méritez de vivre dans la culpabilité d’avoir saboté la beauté du monde, sorcière !)

    -Pas le temps.

    Bon… Je reprends la route. Ce qui est drôle, c’est que la dame était quand même conviviale. Elle semblait inquiète pour moi. C’est riche tout ça. Je finis de monter une côte et je découvre le quartier auquel je me suis attaqué : banlieue de petites maisons collées les unes sur les autres, à 300k Euros chacune. Merde, c’est sûr qu’à 18h00, ces gens sont épuisés de payer leur hypothèque. Tant pis, on cogne!

    J’avance, je chasse la maison parfaite. En chemin, je croise un homme qui lave sa voiture. Je l’aborde.
    -Bonjour, peut-être pouvez-vous m’aider. Savez-vous si dans votre voisinage il y aurait quelqu’un susceptible de [bla bla bla].
    Filou félin! Beaucoup moins intrusif comme approche.
    Il me répond: « Tu veux une bière? »
    LA VOILÀ, MA MAISON! J’Y CROIS PAS!
    Il me dit que sa femme va décider, que lui ça ne le dérange pas, justement voila sa femme à vélo, c’est elle qui a mise cette petite bibliothèque gratuite au coin de la rue (c’est dans la poche, sérieux! Elle pose des livres!)
    Sa femme arrive, elle passe derrière son mari et dépose son vélo, il lui dit: « Bon chéri, c’est toi qui décide, moi j’ai rien contre. Le jeune homme va t’expliquer. »
    Je tombe de mon nuage.

    Elle est épuisée, ça se voit. Elle le dit, il instite, elle répète, il nuance, elle dit qu’elle va se coucher, je les interrompt en disant que je ne veux pas les déranger, il insiste, elle aussi…
    Sa femme entre.
    Il me dit: « Bon, regarde ce qu’on va faire: tu pars cogner aux portes et si d’ici une heure tu n’as pas trouvé, reviens ici et on va t’offrir l’hospitalité. Tu veux une bière? »
    -Bon plan, une heure, parfait. Merci beaucoup. Et pour la bière, j’vais refuser, j’ai pas envie de sentir l’alcool en demandant le gîte. À tantôt peut-être, sinon, merci beaucoup et bonne soirée.

    Chacun sa sécurité! V’la la mienne. Je me demande même si ça ne me fait pas tricher, passer à côté de la vraie expérience. Mais bon, on fait avec ce qu’on a. D’ici une heure, je reviendrai!

    Entre temps, je cogne à 19 nouvelles portes.
    Pas de réponse. Pas le temps. Pas besoin d’histoire. Pas –Attendez! Quoi? Pas besoin d’histoires? Vous n’avez vraiment pas besoin d’entendre des histoires? Hé bien…

    19 portes, c’est une heure. 19 portes, c’est pas tant. Je suis endurcis quand même, j’fais du pouce. J’ai 2000 personnes par jour qui me disent qu’ils ne veulent pas me faire confiance ou mieu encore, font semblant de ne pas avoir vu qu’un humain leur souriait au bord du chemin.
    Et puis, il y a la 20ième. Parce que je ne vais pas retourner chez mon laveur de voiture et sa femme après 60 minutes et 20 secondes. J’vais faire mon indépendant. Faire désirer l’indésirable!

    Toc toc
    -Salut, j’conte des histoires en Bretagne, c’est gratuit, juste pour le plaisir. (Je ne mentionne pas que je cherche l’hospitalité, juste pour voir…)
    -Bien oui, entre.

    L’univers bascule. L’humanité devient quelque chose en lequel on peut croire, pour lequel on doit encore se battre.
    Petite famille, jeune couple mi-vingtaine, deux enfants de moins de 2 ans.
    -T’as mangé?
    -Oui, merci. (Non. Quoi!? Voyons, me voila qui me défile. J’veux bien partager leur table, puisqu’ils me l’offrent, mais il est trop tard. J’ai été court-circuité par mon réflexe « poli » de refuser l’hospitalité, c’est con! Trop tard.)
    On jase, je parle de mon voyage, des autres maisons, etc. La petite se brûle sur son assiette, gestion de crise, pendant que moi et mon impression de déranger sommes assis sur une petite chaise au milieu de leur cuisine.
    Fin des pleurs. Voulez-vous une histoire? Biensûr.
    -Il y a longtemps de celà…
    Pouf!, voila, je suis en train de le faire. Je conte chez des inconnus chez qui j’ai cogné. Juste pour que vive le conte. Les petits ont les yeux grands comme des 2$ CAD, les adultes sont portés par cet inconnu qu’ils ont osés recevoir. La magie existe. Un conte, deux contes, trois contes, 30 minutes.
    -Bon, je vous laisse.
    -Tu dors où?
    Merde, j’ai pas demandé le gîte en cognant, j’veux pas avoir l’air de celui qui avait fait sembant de ne pas chercher de gîte alors que c’est ce que je voulais les amener à m’offrir.
    -J’vais cogner à d’autres portes et quand le soleil tombera, je demanderai le gîte.
    Non mais, entendez-le celui-là! T’avais qu’à dire « S’il vous plaît ». Idiot, assume-toi un peu!
    -D’accord, et bien, si d’ici 30 minutes tu ne trouves pas, tu peux repasser ici.
    -Avec joie.
    (Ça ne s’invente pas…)
    Je retourne dehors. Il commence déjà à faire noir. Je marche. Clôtures. Parc. Parc!
    Je m’asseois, avec la ferme intention de laisser filer 30 minutes avant de revenir chez cette famille. Le seul doute qui subsiste c’est: Est-ce que je vais raconter ce qui s’est réellement passé? Oui. Parce que c’est probablement très proche de comment tant de gens auraient réagi. Il n’y a pas de gêne à être un peu con, tant qu’on ne s’y applique pas à temps plein. C’est drôle, une histoire où le héro et son ennemi sont coincés dans une seule et même personne, prenant chacun leur tour le contrôle.

    La suite est toute simple, douce: retour, toc toc toc, ma chambre, dodo, réveil, déjeuner, bye bye, merci. Pour tout, merci.

    Je ne leur ai pas dit que c’était la première fois qu’on m’hébergait dans une maison où j’avais cogné. J’ai bien dormi chez plusieurs familles d’inconnus rencontrés sur la route, mais jamais en cognant à la porte. S’ils m’avaient demandé, je leur aurait dis, mais j’aimais pouvoir laisser planner l’idée que c’était une chose normale, que le monde qui les entoure leur ressemble: accueillant.

    Marché public, galette-saucisse, fromage, pain, marche d’une heure, auto-stop vingt minutes, maison de Sam, dodo, écrire ce qui s’est passé, vous le partager.

    Ensuite? Le refaire. Parce que ça ne sera jamais pareil. Parce que je me suis engagé envers moi-même à le faire quelques fois au moins. Parce qu’on a tous besoin d’histoires, même ceux qui croient le contraire. Surtout ceux-là.

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    Jour 9: Ploeuc-sur-lié

    Mardi 22 octobre am.
    Gros 48 h.

    Samedi, je me lançais dans mon vide. Me diriger vers une ville où je n’ai pas de contacts, avec la ferme intention de trouver quelqu’un pour m’héberger. Je dis « mon vide », parce qu’il y a probablement plein de gens à qui cela ne donnerait pas le vertige. J’avais vu juste en me dirigeant dans un événement de conte, mon titre de conteur m’a servi de passeport pour engager des conversations. Celui de voyageur également. Rapidement, une dame, Christiane, m’a offert un gîte pour quelques jours à Morlaix. Plus qu’il ne m’en fallait.

    Avant d’éteindre, je lui raconte une histoire, une toute petite. Je remarque le soins que j’y met. Conter est un geste d’amour. Envers l’autre et envers ce qu’on a à raconter. Ce soir, cette dame vivant seule a fait confiance à un voyageur en lui offrant un toit. Il est facile d’y mettre tout mon coeur. Qu’en est-il d’un public qui vient s’assoir pour voir 4-5 conteurs d’affilé en échange de quelques dollars lors d’un festival, ou d’un élève qui n’a pas le choix de m’écouter tant que la cloche de récréation n’a pas sonné? Je crois que le temps seul, que quelqu’un met à recevoir une histoire, mérite tout notre soin.

    Le lendemain matin, dimanche, je me dirigeais vers Huelgoat en stop. J’ai compris que les petites routes étaient largement plus faciles à emprunter pour le stop. Je n’ai pas attendu plus de 2 voitures à chaque arrêt pour trouver un nouveau chauffeur. Ce pays va me plaire. Je conçois plus facilement que quelqu’un d’ici puisse se dire « tiens, pourquoi ne pas faire le tour du monde en stop!? »

    Arrivé à Huelgoat, je fais une pause pour prendre un café; j’ai rendez-vous dans 1h avec Samuel, le conteur qui a dirigé mon choix de voyage vers la Bretagne. Quelques gorgés plus tard, je reprends la route vers notre point de rendez-vous. En chemin, je passe par des sentiers boisés où je constate la différence de la végétation avec le Québec. Ici, tout est recouvert soit de mousse, soit de lière. Tout. Les forêts semblent avoir mile ans.

    Je ressors de la forêt par un petit stationnement et presse le pas, je suis un peu en retard. Puis un véhicule pressé de prendre un virage, lui aussi en retard, s’immobilise à côté de moi: Samuel. Porte qui s’ouvre au ralenti, sac à dos tombant au sol en quelques rebonds, bras grands ouverts, de grandes enjambées: deux individus s’élancent l’un vers l’autre dans une course lunaire pendant que quelques animaux (avec mousse) observent la scène en broutant l’herbe au bord du chemin. Metez la musique de votre choix.

    Une accolade plus tard, nous voici en route vers une fête à laquelle Sam a été invité pour conter à Huelgoat. On fait un stop chez des boulangers qui cultivent eux-mêmes leur grain, font leur farine, puis leur pain. Ensuite, arrêt pour dîner chez des amis de Samuel qui viennent de racheter une vieille maison pour la rénover. 200-300 ans d’âge, un classique retour à la terre ici.

    À partir du moment où je fais des rencontres accompagné de Samuel, je découvre une nouvelle Bretagne. Celle qui parle breton. Lui-même a dû faire un stage de quelques mois chez un vieux papi pour l’apprendre, cette langue qui a été opressée par le colonialisme français. Parler le Breton, c’est résister. C’est rappeler à quiconque que ceci n’est pas la France, mais la Bretagne. Comme une mousse qui envahirait la vaine tentative de tout raser.

    Sam revient d’un voyage de 3 ans autour du monde. Son histoire n’a rien à voir avec la mienne sinon qu’il a quitté une vie « ordinaire » lorsque le voyage et le conte se sont emparés de lui. Cette semaine, je serai « stagiaire » chez lui, pour découvrir sa manière de voyager, au fil des Hommes. Je sais que j’aurai à cogner à une porte dans quelques jours pour trouver un logis, alors mes questions sont précises et pratiques. À partir de quelle heure cognes-tu? Vers quel genre de maison vas-tu? Combien de maisons d’affilée t’ont refusé l’hospitalité?

    Te souviens-tu de ta première maison?: Vaguement. Le geste lui avait semblé naturel, intuitif, alors que ma tête, moi, est pleine de doutes et d’analyse. J’ai l’impression que ma manière d’appréhender l’événement est celle qu’auraient beaucoup de personnes qui lisent ces lignes. Mon malaise est fait de gêne, de peur du refus, de conventions. J’entends trois chiens enragés au bout de leurs chaînes entre moi et cette première porte. Ce qui m’effraie, ce n’est pas de cogner à la porte… c’est de m’y rendre.

    Je me connais, le seul moyen d’aller vers quelque chose qui me fait tant hésiter, c’est de ne pas me donner le choix. Pas de plan B. Il faut que je me mette dans la marde, comme dirais poliment l’expression « se jetter dans la gueule du loup . Bonus: avoir des gens qui me regardent, vous.

    Est-ce du courage de faire quelque chose sans avoir le choix, je crois que non: c’est de la survie, et c’est cette force que je vais utiliser. Ensuite, après la première porte, ce sera facile. Chacun ses mécanismes, chacun ses rites de passage.

    Au fil des discussions et de la planification de la semaine que Sam et moi passerons ensemble, nous convenons d’une chose: ce sera mardi (ce soir) que j’irai cogner à ma première porte. Ensuite, nous pourrons en discuter. Ensuite, nous serons frères.

    Pourquoi cette première porte m’attire-t-elle autant? Je me pose cette question pour une première fois ce matin, les pieds sur la pierre de la cheminée de Samuel Allo qui avait cogné a la mienne il y a cinq ans. Je me pose cette auestion à quelque chose comme 4000km de chez moi. C’est un peu tard pour se poser la question. Puis soudain les larmes coulent avec la réponse. Moment d’épiphanie. Parce que j’aime le conte. C’est l’une des plus belles choses que je n’ai jamais touché. J’en ai fait un métier, mais j’ai envie d’en faire une vie. Tenter de servir le conte au moins autant que je me sers de lui pour vivre. Être son porteur, son instrument. Sentir que je participe à quelque chose de plus grand que moi. Si l’humanité s’arrête bientôt, elle aura été belle pour quelques raisons et le conte en fait partie.

    Je quitterai la maison de Sam dans quelques heures. D’ici là, je parfais mon art de la galette de sarrasin.

    Suivez-moi pendant mon voyage « Colportage » sur https://www.polarsteps.com/PatrickDuboisConteur/2480386-colportage

  • Colporteur - tournée en Bretagne 2019

    Jour 6: Morlaix

    Grosse journée. Je me lance.

    Ce matin, le décallage horaire a encore eu raison de mon heure de réveil naturelle. Comme un gros fainéant, je me suis réveillé à 11 h, alors que je m’étais dit que je quitterais Locmélar vers 12h pour rejoindre Samuel Allo, à 30 minutes de route de là.
    Finalement, j’ai réalisé que c’est demain que j’ai rendez-vous avec Sam. Quelle organisation! Tant pis, mon sac est fait, je quitte! Direction… je sais pas trop. Je ne veux pas trop m’éloigner, car je devrai faire la route inverse pour aller à mon rendez-vous… Je décide donc de filer vers Morlaix. Patrik Ewen y vit et m’avait dit qu’on pourrait faire une soirée de conte chez lui.
    En quelques minutes, je me fais embarquer. Vive la Bretagne! On me dépose à Landivisiau, près de la bretelle d’autoroute pour aller vers Morlaix. 3 averses et 1h30 plus tard (vive la Bretagne), on m’embarque. Je descends, centre-ville, et je mange une énième crêpe de sarrasin. Le paradis existe.
    Non loin, il y a une auberge jeunesse, si jamais… Je téléphone Patrik, il est débordé, et sa maison aussi. On se planifie un truc pour la mi-novembre. D’ici là… je marche. Je tombe sur un lieu nommé la maison des jeunes et de la culture. Ça sonne bien et ils sont ouverts le samedi, yé! J’entre, lis deux-trois affiches et un gars vient vers moi. Yoan. Il travaille ici. Il a lu le récit de Samuel Allo, mon voyage lui parle, lui-même un grand routard. Il me tend un dépliant: c’est ce qu’il te faut!
    LA CHARETTE AUX MERVEILLES 17e édition: paroles, récits et contes en pays de Morlaix. Ça commence ce soir. Je prends le paris! C’est un peu en retrait de Morlaix, dans le pire des cas, c’est 1h15 de marche. Mon plan est bon je crois. J’vais taper dans un nid de conteurs. Il y a entre autres un show de Jeanne Ferron: Roméo et Juliette, je l’avais vu à Trois-Pistoles et j’avais ADORÉ! Je ne peux pas rater ça.

    Toutefois, c’est à 20h30, ce qui fait que je vais me retrouver à 22h00 sans logis dans un petit recoin peu peuplé… Confiance. Si je voulais du confort, je n’avais qu’à rester chez nous… et je serais surement en train de me dire que j’aurais dû partir à l’aventure. Il y a des choses qu’on ne peut remettre à demain, vivre en fait parti.