Tournée de Quêteux 2019

Du 1ier au 27 mai, de Carleton-sur-Mer à Rouyn: conter chez des étrangers en échange du gîte et du couvert. Rien que ça!

  • Tournée de Quêteux 2019

    La gueule pâteuse de celui qui a trop rêvé.

    Ce matin, je me suis réveillé chez-moi, avec la gueule pâteuse de celui qui a trop rêvé.

    28 jours de voyage, 2500 km en auto-stop, 30 heures de conte. Voilà qui ne contient pas du tout l’aventure que je viens de vivre. Ce serait de rendre matériel ce qui ne l’était pas.

    Le 1er mai, je tournais le dos à ma maison pour me diriger vers celle de l’autre. Des gens à travers la province m’invitaient à raconter des histoires dans leur salon, en échange d’un petit quelque chose à manger et une place où poser mon sommeil, pour recharger mes histoires. À la manière des Quêteux traditionnels, une histoire que j’aime dépoussiérer. Notre histoire. Pour qu’elle n’appartienne plus uniquement au passé.

    www.lapetitegreve.com

    Posted by Patrick Dubois conteur on Friday, April 12, 2019

    Prétexte pour un tas de choses. Voyager mon Québec, pour transformer des inconnus en amis, verser de l’improbable sur le quotidien et pour donner mon temps au conte, lui qui m’offre une vie de rêves.

    Chaque journée démarrait en quittant un nouveau « chez-moi » et aurait pu se traduire en une route de 100 kilomètres à parcourir, jusqu’au prochain « Bonjour, fais comme chez-toi ». Ceci dit, mes journées n’ont jamais ressemblé à des distances à parcourir. Elles étaient faites de rencontres, de leurs histoires.

    – Salut, moi c’est Pat, qu’est-ce que tu fais dans la vie?
    – Je travaille dans tel domaine depuis tant d’années.
    -T’aimes ça?

    Et hop, voilà que disparaît la distance. Celle de la route. Celle entre deux inconnus qui soudain se parlent réellement.

    Puis j’arrivais à ma prochaine destination, mon hôte. Mes sens se gavaient d’informations. Tiens, leur bibliothèque est garnie de ce genre de livres; sur cette commode, des souvenirs d’un voyage en Mongolie; sur la table du salon, un casse-tête 5000 morceaux; au mur, les photos d’un vieux chien qui n’est pas venu me trouver lorsque je suis entré chez-lui. Et eux aussi, m’observaient. Si le voyage, c’est s’offrir du spontané, de l’inconnu, des rencontres, et bien je suis heureux de dire que je leur en offrait un à domicile. Ils cherchaient mes histoires. Est-ce que j’ai eu de la misère sur le pouce aujourd’hui? de quoi a l’air le quotidien de celui qui ose dormir chez des inconnus pendant un mois? est-ce que j’ai une maison ou seulement un sac à dos? comment j’arrive à gagner ma vie alors que j’offre gratuitement mon gagne-pain? Tout!

    Puis le conte. Des salons, remplis d’oreilles qui ne savaient dans quelle direction regarder. Avaient-ils seulement déjà assisté à une veillée de conte? J’approchais doucement, puis j’ouvrais mon sac, laissant s’échapper un flot ininterrompu de merveilleux, de pense à ça, d’histoire du gars qui… À ce moment, ce n’était plus moi qui était chez eux, mais eux qui étaient chez moi.

    Puis le sac se refermait, toute bonne chose a une fin. Il faut toujours un moment aux gens avant de réaliser que c’est terminé. Pendant une fraction de seconde, ils regardent autour d’eux et cherchent à se situer, comme celui qui a fermé l’œil un instant dans le métro. La gueule pâteuse de celui qui a trop rêvé, les sens engourdis. De tous les silences desquels peut jouer un public, celui-là est mon favori. Il appartient au conte. Dans cette demi-seconde de silence, on sait que la magie a eu lieu. Que le sacré existe encore dans ce monde qui aimerait prétendre le contraire.

    De tous les temps, l’homme a eu besoin de se raconter, de s’écouter. De cette action où, par l’usage d’ondes sonores, un souvenir est transféré d’une mémoire à une autre. Wi-fi millénaire. Le conte a la particularité de s’adresser au cœur. Tout le monde met son rationnel de côté, comme on déposait nos guns au bar en arrivant dans un saloon. Soudain, l’improbable devient acceptable; le merveilleux fait légion; l’exagéré devient un minimum requis. Puis il en redemande, l’enfant en nous.

    Plus que jamais, nos maisons sont des barricades contre l’extérieur où les seuls fenêtres par lesquelles on regarde sont numériques. Plus que jamais, les Quêteux sont pertinents, déposant ça et là leur sac de voyages livrés à domicile.

    Merci de m’avoir aidé à le faire, et qui sait, de m’aider à le refaire demain! En m’accueillant, en m’embarquant, en me suivant. Pour moi, le printemps s’achève et l’été m’appelle. Je troc la route contre ma yourte. Je me prépare à recevoir autour de mon feu ceux qui veulent bien entendre mes histoires. Mais mon chez-moi n’est qu’une pause au chez-nous. À bientôt.

    Pour ceux qui ont aimé goûter au conte, explorez ceci: http://conte.quebec/

    Pour ceux qui voudraient suivre mes prochaines aventures: https://www.facebook.com/patrickduboisconteur/

    Pour une suggestion d’arrêt pour vos vacances:

    Cet été, tirez-vous une bûche à La Petite Grève!Du 15 juin au 31 août au pied du phare de Carleton-sur-Mer, tous les…

    Posted by La Petite Grève on Monday, May 27, 2019

  • Tournée de Quêteux 2019

    Y’en n’aura pas de facile

    [Tournée de Quêteux, jour 20, la suite]

    Ouf, c’en n’était pas une facile. (Trois-Rivières est officiellement ma bête noire en auto-stop)

    Il m’a fallu environ 6h pour faire 130km. Voici la recette:
    -Marchez 10 minutes jusqu’à une bretelle d’accès à l’autoroute A40;
    -Attendez 30 minutes devant la dite bretelle, pour attraper un covoiturage qui vous fera faire 3 sorties (c’est déjà ça de pris);
    -Réalisez que vous avez été déposé dans un semi-No man’s land et attendez 1h pour ne voir que 4 voitures passer;
    -Rencontrez un policier qui vous fait comprendre que vous n’êtes pas le bienvenu dans ce secteur;
    -Prendre votre mal en patience, sourire et le remercier pour la marche qui s’en suivra;
    -Marcher 1h jusqu’à la prochaine sortie d’autoroute;
    -Attendre 1h en face de la dite bretelle, en hésitant entre la A40 et la rte 138, à chaque véhicule qui prenait l’autre route;
    -Trouver un chauffeur vous fait faire 30 minutes de route jusqu’à la sortie pour Joliette;
    -Marcher, et trouver une mignonne petite tortue! (Photo à l’appui. Quelle race???);
    -Attendre 40 minutes;
    -Faire 5 minutes de route;
    -Débarquer dans Joliette dans ce qui est tout sauf un bon endroit pour faire du pouce;
    -Prendre son mal en patience;
    -Attendre 40 minutes;
    -Prendre son mal en patience;
    -Se résigner à changer de lieux, marcher, puis se faire barrer la route par un véhicule, avancer à sa fenêtre, apprendre que la passagère est la fille de l’un des hôtes chez qui je vais (finir par) conter ce soir;
    -Faire 20 minute de route en ayant déjà l’impression d’être arrivé.
    -Épuisé, faire une sieste, se réveiller au jour 20 version B: Avoir le privilège de conter pour une famille de 50 personnes qui ne s’étaient pas revues depuis des années, rencontrer mes hôtes qui sont des mordus du conte, manger de la tarte Rhubarbe et sucre à la crème fait par Mamie (digne de mention).

    Mon seul regret est de ne pas avoir invité le policier à la soirée de conte, je crois que ça lui aurait fait du bien, un conte et de la tarte… et j’aurais eu un lift en partant!

  • Tournée de Quêteux 2019

    D’où-ce que tu r’sous?

    Tournée de Quêteux: jour 15

    D’où viens-tu? C’est une question que je rencontre une vingtaine de fois par jour ces temps-ci, et elle me fait réaliser un malaise. Bon nombre de personnes ne nomment pas la ville où ils vivent mais plutôt la grande ville la plus près. Montréal et Québec ont le dos large quand arrive le temps de venir de quelque part!

    Pratico-pratique, on nomme la référence la plus connue, mais au passage, dans notre soucis d’efficacité, je crois qu’on enterre une partie de nos racines, on perd du sens. C’est si dur, de faire du sens, n’en gaspillons pas! La dignité ne vit pas dans ce compromis. Longtemps au Québec, des Bernadettes et des Ginettes ont étés « la femme de l’autre ». Comme si elles n’existaient qu’à travers leur mari, par procuration. J’aimerais qu’on ne laisse plus de villes être quelque chose comme « une ville derrière Rimouski ».

    Le Québec est constitué de centaines de municipalités qui n’ont plus à se situer par rapport aux grands centres. Bien qu’on ait encore des gros morceaux de colonialisme de pris dans la gorge (et dans les pattes), nos municipalités ne sont plus occupées uniquement pour nourrir l’appétit de la capitale. Avec le temps, il c’est développé de la richesse dans tant de lieux. Il s’y est développé du « chez-nous ».

    Drôle de constat, à l’international lorsque je dis que je suis « French Canadian », on me répond -Oh, you’re from Qwebec? Je pense qu’on peut bien se permettre de dire, quand on voyage à l’intérieur de notre province, que l’on vient de Longueuil sans nommer Montréal .

    Il y a tant de fierté dans les mots « tu viendras visiter ça ». On a des milliers de kilomètres de route qui valent le détour. Des villes qui ne font pas que marquer la distance entre Québec et Montréal. Elles donnent le goût de se voyager.

    Parce que d’éviter de nommer son village, c’est aussi en nourrir l’ignorance. On n’a pas à se fabriquer un Québec pour les nuls. Le Haut-Canada et le Bas-canada appartiennent au passé (et un p’tit peu au groupe Alaclair Ensemble) Si mon interlocuteur ne sait pas où est situé Carleton-sur-Mer, il sait me demander plus de détails au besoin.

    Au contraire, nommer le territoire, c’est une manière de l’occuper. Une affirmation. En un nom, on dit : Il y a du monde qui vivent là.

    Et justement, d’où viens-tu? Plusieurs peinent à répondre, parce qu’ils l’ignorent. Ouin, on tombe dans l’existentiel mon ami! Certains trouvent, me racontent leur parcours, j’adore, d’autres, la ville qui les a vu naître, grandir, ou encore, celle où ils habitent actuellement. D’autres encore, me disent « […]mais la ville où je rêve d’habiter un jour, est une telle ». Je leur souhaite. J’vais vous dire, ça change de parler de météo… Je réalise que voyager, c’est toujours chercher des repères. Déboussoler pour se réajuster le compas.

    Et des fois, quand je me demande si je connais vraiment mon Québec, je me risque sur ce site. Juste pour faire sûr que j’apprends ma province davantage que je oublie.

    https://www.jeux-geographiques.com/jeux-en-ligne-Jeu-Villes-du-Quebec-_pageid106.html

  • Tournée de Quêteux 2019

    Seul à Tadoussac

    [Tournée de Quêteux, jour 10]
    Hier, je me suis payé un luxe: je suis parti vers Tadoussac sans avoir d’hôte pour la soirée. Juste pour voir comment j’allais vivre l’incertitude de ne pas savoir où je dormirais. Une fois sur place, ça été plus fort que moi, j’ai placé une annonce sur les médias sociaux et 30 minutes plus tard j’avais une adresse pour la nuit. La sensation de n’être seul nul part est vraiment agréable!

    Drôle d’anecdote, ce matin, la pluie m’a fait prendre un lift avec la voisine qui avait de nombreux arrêts avant d’aller aux Escoumins, ma destination pour ce soir. 1h de discussions et de détours plus tard, je débarquais dans un beau petit café. J’en ai profité pour vérifier la proximité de mon hôte de ce soir. Résultat: C’est à 30 minutes de route d’ici, dans un village par lequel on est passé dans la « run de lait » du matin. En fait, je me suis éloigné davantage qu’à mon réveil. Advienne que pourra, j’ai célébré mon sens de l’organisation avec un chaï latté… et seulememt quelques pâtisseries.